Les sources


Le jazz est le produit de la rencontre de la tradition européenne et de la tradition africaine

XVIIe – XVIIIe

Sur les navires des négriers en partance pour le Nouveau Monde, les captifs chantaient les naissances, les deuils, les jeux, les prières…La construction de ces chants préfiguraient quelques uns des aspects de ce que sera le jazz plus tard.
L’esclavage brasse de nombreuses ethnies africaines, les forçats emportaient avec eux certains instruments comme le balafon, le marimba, le banjar.
Les rituels catholiques et africains se sont imbriqués pour donner naissance aux prédications chantées et rythmiques de type "revival"
Dans la musique africaine le rythme prévalait sur la mélodie et l’harmonie alors dominante dans la musique européenne.
Le rôle des percussions dans les cérémonies religieuses africaines a permis d’atteindre une sophistication rythmique impensable en Occident.

Le spiritual

Héritée d’une pratique anglicane destinée à enseigner oralement les psaumes, le lining out consistait à faire répéter en cadence par les auditeurs les paroles de l’orateur. Ce principe de question/réponse sera très courant dans le gospel et le jazz.

Le worksong

La musique en tant qu’art n’a aucune signification en Afrique, on chante pour courtiser, raconter, injurier, naviguer, pour la guerre ou le culte... Les worksongs étaient des chants improvisés sur le rythme des marteaux et des pioches.

Les minstrels


Les minstrels étaient en premier lieu des "clowns" blancs qui se peignaient le visage et caricaturaient les noirs (blackface). Par la suite des musiciens noirs ont intégré ces shows en singeant les attitudes des aristocrates blancs – le cakewalk fut un succès.

Le ragtime (1.31)

Contraction de Ragged time, tempo irrégulier, déchiqueté.

Le ragtime introduit la "pompe" : les basses sur les temps forts et les accords sur les temps faibles (poum tchack, poum tchack) qui deviendra le principe de base des premiers jazz bands et du style pianistique des années 20-30 connu sous le nom de stride.

L’écriture du ragtime met en valeur une belle virtuosité héritée du piano romantique. Les morceaux sont généralement construits sur une suite de quatre mouvements de 16 mesures, le troisième s’appelant "trio" s’écartant de la tonalité originale.

Le ragtime se joue de façon binaire (croches égale) ce qui le différencie du jazz qui se jouera de manière ternaire (croches décalées)

Le blues (1.1)

Le blues est issu du holler (chant dans les plantations).

D’origine rurale, il témoigne de l’émancipation des noirs fuyant leur condition de paysans du sud pour se rendre dans les villes.

Le bluesman est souvent marginal, inadapté, infirme, vagabond, bagarreur, et lorsqu’il prend sa guitare c’est pour lui confier les vicissitude de son existence à la première personne.

Né dans la région du Delta, joué à la guitare, souvent au "bottleneck", le rythme est obsédant, le chant âpre et tendu, souvent en voix de tête, d’une poésie riche en sous-entendus et métaphores enchaînées sans logique apparente.

W.C Handy

St Louis blues

Si à l’origine la forme est libre, quelques chefs d’orchestre s’emparèrent du style en lui donnant une structure hybride d’un couplet de 20 mesures et un blues de 12 mesures. Plus tard pour les besoins de l’édition et des interprétations orchestrales le blues se fixa sous la forme de 12 mesures et 3 accords, devenu un standard adopté dans le monde entier 

Le jubille, le gospel (1.2)

Le Jubilee voit le jour à Nashville ou un ensemble d’étudiants de la Fisk University constitua un répertoire de chant choral classique et de negro spiritual arrangés selon les normes du chant classique et de l’harmonie européenne.

Cette chorale eut un succès jusqu’en Europe et fut repris par de nombreuses formations.

Les Jubilee singers furent ensuite essentiellement composés en quartette.

A l’aube du XXe une foule d’églises dites sanctifiées apparurent, les instruments de musique firent irruption, on encouragea les prêches exaltés, les repons improvisés, la danse et la transe.

Le Spiritual cédait progressivement la place au Gospel Hymn.

Le New-Orleans, le Dixieland - Le vieux style - Chicago (1.32)


Début du XXe siècle

Le style naît du regroupement (loi ségrégationniste de 1894) des créoles, bons lecteurs, accoutumés aux harmonies et orchestrations européenne et des noirs nourris du blues naissant, des worksongs, des inflexions, des blue notes, du sens de l’initiative individuelle... Les Caraïbes proches auront aussi leur influence.

La musique de la Nouvelle-Orleans était dominée par les fanfares, du fait de la démobilisation après la guerre de sécession, on trouvait beaucoup d’instruments à bas prix. L’instrumentation type était le résultat d’une évolution très éclectique : les cuivres et les percussions venaient des orchestres militaires, la clarinette des créoles bien éduqués, le banjo et la guitare des minstrels.

Peu à peu les musiciens prirent toujours plus de libertés avec la mélodie originale, ainsi vit le jour la collective, le cornet jouait la mélodie, la clarinette brodait par dessus avec virtuosité, le trombone soulignait l’ensemble d’un contrepoint vigoureux et de ses fameux glissandi. On notera souvent la présence d’une washboard et plus rarement d’un piano.  

Si le style porte le nom de jazz New-Orleans, c’est à Chicago qu’il s’est véritablement épanoui. En 1915 l’afflux de musiciens néo-orléanais se précise à Chicago. Leur musique prend le nom de JASS (plus ou moins la désignation de l’acte sexuel) pour devenir JAZZ.

La prohibition déclenche une explosion de la criminalité qui donna naissance à tout un réseau de bars clandestins qui réclamaient des musiciens. Les musiciens noirs de la Nouvelle-Orléans commencèrent à se faire connaître, assurant à Chicago la réputation de capitale du jazz jusqu'à l'avènement de New-York à la fin des années 20.

New-Orleans et Dixieland sont deux termes pour un même style de jazz, il semblerait que le New-Orleans soit joué par des musiciens noirs, et le Dixie par des blancs qui furent les premiers à attirer l'attention du public pour la musique néo-orléanaise. Il faudra attendre les premiers enregistrements autour de 1923 grâce à l'implantation de studio d'enregistrement à Chicago même (jusque là seule la ville de New-York disposait de studio d'enregistrement) pour que la musique des musiciens noirs, notamment King Oliver et le Créole jazz band, soit diffusée et plébiscitée par le public.

Dans les années 20 on utilisera l'adjectif hot pour différencier le vrai jazz du ragtime. Plus tard on parla de swing. Le vrai jazz est donc une musique qui chauffait et qui balançait.

Quelques premiers grands noms du jazz

Le roi du ragtime, dont des compositions telles que Maple Leaf Rag et The Entertainer furent d'énormes succès au XIXe siècle. Puis aigri et malade il devient obsédé par son opéra ragtime Treemonisha.

Ecoute : The entertainer (1902)

Jelly Roll Morton (1890-1941)

Piano - Chef d'orchestre

Pianiste et compositeur, affirme avoir personnellement inventé le jazz en étant lepremier à adoucir la rythmique du ragtime.

Ecoute : The pearls (1927)


Cornettiste très en vue à la Nouvelle-Orléans, monte ensuite à Chicago en 1918, forme le Créole Jazz Band  et y intègre Louis Armstrong.

Ecoute : Dippermouth Blues (1923)

Tromboniste de jazz et chef d'orchestre américain. Également compositeur, notamment des standards Muskrat Ramble, Ory's Creole Trombone et Savoy Blues, il est l'un des acteurs principaux du jazz Nouvelle-Orléans des années 1910 et 1920.

Ecoute : Ory's Creole Trombone (1922)

Louis Armstrong (1901-1971) - Le roi Louis !

Trompette - Chant

L'un des plus formidable trompettistes de tous les temps, par la puissance et l'intensité de sa sonorité, par la profondeur de son lyrisme. Il fut le premier à organiser l'orchestre autour du soliste, à s'éloigner de la simple variation sur la mélodie en exploitant consciemment les accords proposés par l'accompagnateur, à concevoir le solo comme une architecture. Enfin, par la qualité de ses mises en place et la variété de ses idées rythmiques, il fut considéré comme le premier grand swingman de l'histoire du jazz.

L'influence d'Armstrong sur le développement du jazz est sans pareil. Son charisme d'homme de scène et de personnalité publique était si fort vers la fin de sa carrière qu'il éclipsait parfois ses contributions de musicien ou de chanteur.

Armstrong était un virtuose de la trompette et un improvisateur inspiré. Grâce à son jeu, la trompette est devenue un instrument soliste de jazz. Il était également un accompagnateur et un musicien d'ensemble.

Ecoute : Tight Like This (1928) - St. James Infirmary (1928)When the Saints Go Marching In (1938)

It Don't Mean A Thing (avec Duke Ellington - 1961)

L'impératrice du blues émerge du circuit des minstrels pour devenir la plus grande chanteuse noire du début des années 20.

Ecoute : I Ain't Got Nobody (1925)

Sidney Bechet (1897-1959)

Saxophone soprano - Clarinette

Sa vie instable (expulsion, incarcération) jusqu'à la fin des années 30 fait qu'on l'oublie lorsqu'on présente injustement Louis Armstrong comme le premier soliste de jazz.

Virtuose clarinettiste, passé ensuite au saxophone soprano, il projette une sonorité d'une violence et d'une puissance extraordinaire, animé d'un ample et rapide vibrato qui magnifie le lyrisme extraverti de ses phrases.

Ecoute : Shag (1932) - Summertime (1939) - I've found a new baby (1958) - Si tu vois ma mère (1958)

Fletcher Henderson (1897–1952)

Piano - Chef d'orchestre

Pianiste et chef d'orchestre il formera le premier big-band à New-York au début des années 20.

Il engage Louis Armstrong et King Oliver. De nombreux grands solistes sont passés par son orchestre : Coleman Hawkins, Benny Morton, Benny Carter...

Ecoute : The Stampede (1926)

Le jeu de cornet de Bix Beiderbecke tranchait avec celui de ses contemporains, majoritairement influencé par le style de Louis Armstrong, par son phrasé legato et par une douceur de timbre (un son rond et chaud) qui préfigure ce qui, après-guerre, sera le style cool. Son lyrisme mélancolique fait de lui un des musiciens les plus touchants de l'histoire du jazz.

Ecoute : Jazz me Blues (1924)

Earl Hines est le premier grand virtuose de piano jazz. Avec lui la main droite s'affranchit du ragtime pour s'inspirer du phrasé plus libre des solos de cuivres. Technicien remarquable, il contribue à galvaniser de nombreux orchestres de Chicago.

Ecoute : A Monday Date (1928)

New-York - Le Middle Jazz, le Swing (1.33)


Années 30 - 40

L'Amérique est en pleine crise économique, les musiciens connaissent une période difficile, Sidney Bechet devient tailleur, Kid Ory élève des poulets, King Oliver mourra en 1938 dans la misère... Certains comme Louis Armstrong iront se produire en Europe.
L'industrie du disque est concurrencée par le cinéma parlant mais les premiers 33 tours font leur apparition permettant l'enregistrement de de 15 minutes et la diffusion de concerts en différé. Les juke-box fleurissent dans les bars. Les boites de production font faillite et sont rachetées par des plus grosse, Victor-RCA, Columbia et Decca dominent le marché du jazz enregistré.

L'usage du micro pour les chanteurs se généralise, les guitares adoptent le résonateur (Dobro), Gibson et Rickenbaker commercialisent les premières guitares électriques.

On situe les années 1930 comme l'ère du swing et le règne des big bands. D'abord essentiellement noirs, on verra dans la deuxième moitié des années 30 des orchestres blancs dits swing occuper le devant de la scène.
En effet les orchestres blancs se multiplient au cours des années 30 altérant l'esthétique des orchestre noirs d'une touche de suavité plus conforme à l'ambiance des grands hôtels et casinos qui les accueillent. Ces orchestres jouent une musique souvent ambiguë, entre jazz et variété, mais certains sauront se démarquer et seront désignés comme orchestres swing, c'est le cas du clarinettiste Benny Goodman, qui en intégrant le pianiste Teddy Wilson, le guitariste Charlie Christian, le vibraphoniste Lionel Hampton formera le premier orchestre mixte, ainsi que les orchestre de Tommy Dorsey, Artie Shaw, Glenn Miller.

Un big band standard est généralement composé d'une section d'anches ( 5 saxophones qui alternent avec clarinettes et flûtes), d'une section de trompette, une section de trombones, et d'une rythmique composée d'une contrebasse, une batterie, un piano et une guitare, et parfois de chant.

Chicago est sur le déclin, c'est désormais New-York et ses nombreux clubs et dancings, dont le plus célèbre est le Cotton Club, qui deviendra la capitale du jazz. La violence du quartier de Harlem faisant fuir le public blanc, les clubs déménagent sur Broadway ou le public noir n'est pas le bienvenu, il fréquentera alors l'Apollo Theater ou l'on découvrira des artistes tels qu'Ella Fitzgerald ou Thelonious Monk

Trois grands chefs d'orchestre se disputent les planches du Cotton Club : Duke Ellington, Cab Calloway et Jimmie Lunceford.

A Kansas City règle depuis la fin des années 1910 l'orchestre de Bennie Moten. A sa mort l'orchestre sera reprit par son pianiste arrangeur : Count Basie qui s'entourera de solistes célèbres tels que Lester Young au saxophone ténor ou encore Freddie Green à la guitare, et mettra le cap pour New-York en 1936.

C'est dans ces années que le principe d'improvisation prendra toute son ampleur, jusque là cantonnée à quelques breaks on lui laissera la place pour des chorus entiers. Les sections à vent des big bands feront connaître de formidables solistes.

Quelques musiciens qui marqueront cette époque

Duke Ellington (1899-1974)

Piano - Chef d'orchestre

Duke Ellington fut et demeurera incontestablement l'un des plus remarquables compositeurs de l'Amérique du XXe siècle. Sa carrière s'étend de 1924 à 1974, il a écrit et co-écrit des milliers de pièces, certaines comptent parmi les plus fameux standards du siècle. Duke Ellington n'était pas un virtuose du piano, son instrument était l'orchestre entier. Il aura su rester inventif et moderne tout au long de sa carrière.

Ecoute : The mooche (1928) - Caravan (1937) - Take the A train (1943)

In a sentimental mood (avec John Coltrane - 1962)

Count Basie (1904-1984)

Piano - Chef d'orchestre

Pianiste et chef d'orchestre, Count Basie révolutionna les cuivres de jazz et avait une section rythmique qui faisait l'envie de tous les big bands des années 30. Il simplifia l'écriture grâce à des phrases courtes , riffs, reprises d'une section à l'autre, le principe d'appels/répons, de grands espaces aménagés pour les solistes.
Son big band représente, avec celui de Duke Ellington, la quintessence du jazz classique dont il a porté la bonne parole pendant 50 ans dans le monde entier.

Ecoute : Jumping At The Woodside (1938) - Swingin' the Blues (1941)

Benny Goodman (1909-1986)

Clarinette- Chef d'orchestre

Clarinettiste virtuose, il deviendra un des musiciens les plus actifs en travaillant pour la radio, les studios et les comédies musicales de Broadway. Son orchestre fut un des plus populaire de l'ère du swing. Il fut le premier chef d'orchestre à métisser sont big band en engageant des musiciens noirs.

Ecoute : Sing, sing, sing (1935)

Cab Calloway (1907-1994)

Chant - Chef d'orchestre

Cab Calloway surnommé Hi de Ho man à la suite de son immense succès Ninnie the Moocher, était le chanteur et chef d'orchestre noir qui remportait le plus de succès. Il occupait en alternance avec Duke Ellington la scène du Cotton Club. Véritable showman, il sera réputé pour son énergie sur scène et son scat endiablé.

En 1934, il parcourt l'Europe et deviendra en France l'inspirateur du mouvement zazou qui adopta son style vestimentaire à la fois chic et excentrique. En 1939, il engage un jeune trompettiste inconnu qui va révolutionner le jazz : Dizzy Gillespie.

Ecoute :  Minnie the Moocher (1931 - Vidéo 1958) - Zaz, Zuh, Zaz (1933) 

(Hep-Hep!) The Jumpin' Jive (1939 - Vidéo 1960)

Coleman Hawkins (1904-1969)

Saxophone ténor

Surnommé "The Hawk", avec lui le saxophone se décline au masculin. On l'a dit "velu". Sa sonorité est vindicative, rugueuse, volontiers altérée par des "growls" rageurs, animée d'un vibrato rapide qui traduit l'impatience. De cette impatience, le Faucon s'est fait un style, mais son phrasé boulimique ne l'est jamais gratuitement. Sa seule hâte, c'est le déshabillage méthodique de la trame harmonique. Compagnon des premiers pas de Fletcher Henderson, il su tirer les leçons du passage de Louis Armstrong dans l'orchestre.  Il signe avec Body and Soul le grand chef d'oeuvre  de l'improvisation pré bop.

Ecoute : Body and Soul (1939) - Ballade avec Charlie Parker (1950)

Lester Young (1909-1959)

Saxophone ténor

Saxophoiste ténor, il jouait avec une élégance nonchalante, d'une sonorité lisse et embrumée. Ses phrases aux mises en place étranges flottaient au-dessus du tempo, toutes en mélodies mais pleines d’ambiguïtés, de sous-entendus. Même quand Count Basie menait son orchestre à tombeau ouvert, il opposait une vision attendrie de l'existence. Vision qu'il partagea avec Billie Holliday qui le surnomait le "Prez". Il fut le pionnier de ce qui deviendra plus tard le style "cool"

Ecoute : These Foolish Things (1945)

Ben Webster (1909-1973)

Saxophone ténor

L'époque du swing a retenu trois principaux joueurs de saxophone ténor : Coleman Hawkins, Lester Young et Ben Webster.

Dans les années 1940, il rejoint l'orchestre de Duke Ellington en tant que soliste. Il participe à plusieurs enregistrements dont le fameux Cotton Tail. Il quitte l'orchestre de Duke Ellington en 1943 et travaille dans les clubs de New York, soit comme leader, soit comme sideman.

En 1945, il est soliste invité pour la concert de la Zodiac Suite de Mary Lou Williams au Town Hall. La première pièce, Aries, lui est d'ailleurs dédiée1.

Il revient chez Duke Ellington (1948-1949) avant d'intégrer l'orchestre de Count Basie (1953).

Ecoute : Cotton tail (1940)

Surnommé The Rabbit, il est un de ceux qui poussa la maîtrise de son instrument à son plus haut point d'achèvement. Son sens aigu de l'équilibre dans la construction de ses solos est allié avec un son expressif, sensuel sans être mièvre, une belle finesse mélodique et une grande précision rythmique. Il est un des rares musiciens en qui le jazz a incarné son propre classicisme.

En 1927, il rejoint l'orchestre de Chick Webb et en 1928, entre dans l'orchestre de Duke Ellington6 ; il ne quittera qu'à sa mort, hormis une période de 1951 à 1955 où il dirige sa propre formation où apparaissent de nombreux transfuges de l'orchestre d'Ellington.

Ecoute : All of me (1959)

Lionel Hampton (1908-2002)

Vibraphone - Batterie

Surnommé « Le lion », il a été le premier géant du jazz à donner ses lettres de noblesse au vibraphone en tant qu'instrument soliste.

En 1936, il est engagé dans le quartette du célèbre clarinettiste Benny Goodman, avec lequel il enregistre ses premiers disques. Entre 1937 et 1940, il enregistre en studio (RCA) de nombreuses faces en petites formations avec quelques-uns des meilleurs solistes des orchestres de Duke Ellington, Count Basie, Jimmie Lunceford et Benny Goodman : Whoa babe (avril 1937) avec Johnny Hodges, Ring dem bells (janvier 1938) avec Cootie Williams, I'm in the mood for swing (juillet 1938) avec Harry James, When lights are low, Hot mallets (septembre 1939) avec Dizzy Gillespie, Benny Carter, Coleman Hawkins, Ben Webster, Charlie Christian.

Ecoute : Flying home (1957)

"Lady Day" avait l'art du placement de son swing, elle avait la faculté d'imaginer ses propres mises en place , de renouveler les accentuations, d'étirer ou de comprimer les durées en jouant sur le texte  comme un jazzman joue de son instrument. Elle fut très complice avec le saxophoniste Lester Young.

Ecoute : Billie's Blues (1936)

Django Reinhardt (1910-1953)

Guitare - Chef d'orchestre

Django Reinhardt est issu d'une famille de musiciens manouches ambulants. Il a grandi en région parisienne, en jouant du banjo dans les bals musettes il est devenu virtuose d'un style créé par les guitaristes et banjoïstes manouches. Il sera grièvement blessé dans l'incendie de sa roulotte en 1928 et devra réapprendre à jouer de la guitare avec une main gauche en partie paralysée. 
Il est ému aux larmes en écoutant les enregistrements de Duke Ellington et Louis Armstrong.

Il côtoie le violoniste Stéphane Grappelli dans les dancings avec qui il prend l'habitude d'improviser. Leurs instruments ne correspondants pas au volume sonore imposé par une batterie, ils montent orchestre sans trompette ni tambour, la rythmique étant constituée de deux guitares et d'une contrebasse, c'est le quintette du Hot Club de France. Plus tard le violon sera remplacé par une clarinette.

Ecoute : Djangology (1935) - Minor swing (1937)Nuages (1940)

Grand maître du stride, il avait un toucher nerveux et percussif, auteur de chansons, cet entertainer génial et jovial était adoré du public grâce à ses très populaires émissions de radio.

Excellent musicien qui savait manier le swing et la sensibilité, il était un chanteur libre et facétieux dont la superbe voix de baryton léger aurait pu en faire un superbe crroner. Un compositeur prolifique à qui l'ont doit de somptueux standards, il fut le premier chansonnier du jazz qui ait mis en musique le jive, cet humour incendiaire de Harlem, l'ancêtre du rap.

Ecoute : The Joint Is Jumping (1937)

Count Basie l'appelait la huitième merveille du monde, Fats Waller l'appelait Dieu, Vladimir Horowitz cria au génie, Jean Cocteau le nomma le Chopin fou. Handicapé de la vision mais doué d'une oreille absolue Art Tatum a transgressé tout ce qui était possible de faire sur un piano. Il ne laissait pas de place au silence, son jeu était fourni, scintillant, foisonnant, rutilant sans jamais être redondant. Prolongeant le tradition du stride il arpente son clavier avec des rythmes souvent insensés, ses improvisation sont bouillonnantes d'idées.

Ecoute : Tiger rag (1933)

le Be-Bop (1.34)


Années 40 - 50

Le swing semblait insurpassable à la fin des années 30, mais en raison de son succès, ce style tendait à devenir répétitif. De jeunes musiciens de big bands parmi lesquels on trouvait le trompettiste Dizzie Gillespie, le saxophoniste Charlie Parker et le guitariste Charlie Christian tournèrent la page. Ils étendirent le registre harmonique et introduisirent de la discontinuité dans la pulsation régulière du swing pour créer une musique tendue, fragmentée, ambiguë, qui révolutionna la composition et le style de solo de tous les instruments. Charlie Parker en fut le grand prêtre visionnaire, mais le be-bop naquit des bouleversements musicaux et socio-économiques induits pas la seconde guerre mondiale.

Le be-bop reçu un mauvais accueil dans un premier temps, de nombreux musiciens de swing se sentirent personnellement insultés, prétextant  des accords bizarres, des mélodies qu'on ne retient pas, des morceaux impossibles à danser...Ses mélodies labyrinthiques, ses tempos effrénés et sa complexité suscitèrent chez une bonne parti du public hermétique à la nouvelle vague, un regain d'intérêt pour le New-Orleans, ce qu'on appellera le revival.

Le be-bop est en fait la reprise sur un tempo rapide du rythme 4/4 du swing, mais avec une accentuation plus disparate, plus aléatoire et sans le battement régulier de la grosse caisse. On improvise sur les même accords en y ajoutant quelques notes supplémentaires pour enrichir les voix et en les variant plus souvent.

Charlie Parker s'imposa comme le plus grand nom du be-bop, bien que d'autres musiciens y aient pris une part cruciale, notamment le batteur Kenny Clarke et le trompettiste Dizzy Gillespie. Parker était déjà salué comme un maître du saxophone alto, jouant vite, dans un style dérivé de Lester Young, très tôt il fit entendre une nouvelle manière d'improviser, libérant le potentiel harmonique  des accords pour pouvoir jongler avec plus de notes dans ses solos.

Pour les musiciens de swing et a fortiori pour le public déconcerté, les solistes semblaient toujours attaquer trop tôt ou trop tard, laisser des phrases en suspens n'importe quand et ignorer les règles élémentaire de métrique et de tonalité. Dans le swing , les changements d'accords ou les notes importantes coïncident normalement avec les temps forts, là ou le be-bop inverse le système en plaçant des ghost notes ou des contretemps.

Le be-bop ne fut pas qu'une révolution musicale, mais sociale aussi, avec ce nouveau son, les musiciens noirs se ré-appropriaient une musique devenue avec le swing une industrie florissante mais où les noirs étaient généralement payés deux fois moins que les blancs.

Quelques musiciens qui marqueront cette époque

Surnommé Yardbird (le bleu) à l'armée, il retournera ce sobriquet humiliant en titre de noblesse : Bird pour caractériser la dimension aérienne de son jeu de saxophone alto.

Charlie Parker est le plus fulgurant improvisateur de l'histoire du jazz, il est génial tout le temps , quels que soient se partenaires et ses environnements. Il ouvre le jazz à la polytonalité et libère l'improvisation en génie de la paraphrase.

Addict aux drogues depuis son adolescence, l'héroïne empoisonnera sa vie jusqu'à le tuer prématurément à l'age de 35 ans. De plus, cette dépendance, qui est de notoriété publique, incite de nombreux jazzmen à se droguer eux-mêmes convaincus d'y trouver l'origine du génie parkerien.

Ecoute : Ornithology (1946) - Cool Blues (1947) - Donna Lee (1947)

Dizzy Gillespie (1917-1993)

Trompette - Chef d'orchestre

Avec Miles Davis et Louis Armstrong, il est considéré comme l'un des plus importants trompettistes de l'histoire du jazz. Il a participé à la création du style bebop et contribué à introduire les rythmes latino-américains dans le jazz.

Il fut trompettiste dans la formation de Cab Calloway. Ses solos sont cependant peu appréciés par son employeur qui appelle cela de la "musique chinoise". Gillespie joue alors dans diverses formations comme celle de Duke Ellington.

Il rencontre ensuite Charlie Parker au Minton's Playhouse, ils seront complémentaires, Charlie Parker par son avance sur le plan rythmique et Dizzy sur le plan harmonique. Ils joueront finalement peu ensemble, juste le temps de révolutionner le jazz en quelques séances d'enregistrement, mais fatigué par les excès de Parker il décide de continuer seul pour monter son premier grand orchestre.

Ecoute : A Night In Tunisia (1945) - Manteca (1947)

Il est, avec Art Blakey et Max Roach, un des inventeurs d'un style de batterie moderne et bebop.

Il est un des pionniers de l'utilisation de la cymbale « ride » pour tenir le rythme. Auparavant les batteurs utilisaient pour le rythme principal la caisse claire

À partir de 1956, il s'installe définitivement en France où il s'est marié à une Française et a eu des enfants.

Ecoute : Epistrophy (1946)

Pionnier du bebop, il aborda aussi beaucoup d'autres styles de musique et fut ainsi considéré comme l'un des batteurs les plus importants de l'histoire. Il travailla avec une multitude de musiciens de jazz, dont Coleman Hawkins, Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Miles Davis, Duke Ellington, Dinah Washington, Abbey Lincoln, Charles Mingus, Sonny Rollins ou encore Clifford Brown.

S'il est un pionnier dans le style be-bop, il sera un acteur majeur du style hard bop quelques années plus tard.

En 1954, il forma un quintet regroupant autour de lui le trompettiste Clifford Brown, le saxophoniste Harold Land, le pianiste Richie Powell (le frère de Bud) et le contrebassiste George Morrow. Mais l'aventure s'arrêta brusquement lorsque Brown et Powell furent tués dans un accident de voiture en juin 1956.

En 1962, il enregistre Money Jungle avec Mingus et Duke Ellington. Le fruit de la rencontre de ces trois monuments du jazz est en général vu comme l'un des plus subtils jamais réalisés.

Ecoute : Steeplechase (1948) - Daahoud (1954) - Money jungle (1962)

L'alchimiste qui inventa le piano be-bop ne figure pas sur la "photo officielle". Monk ne fut probablement pas un bopper, pourtant tous les boppers lui doivent quelque chose. 

On a dit qu'il était un peu fou, et l'on avait pas tout à fait tort, il faisait un peu peur et ses accompagnements étaient tellement étranges que l'improvisateur craignait d'y perdre ses repères.

La vitesse n'était pas son propos et sa technique répondait à d'autres logiques, posant des problèmes d'exécution que lui seul savait surmonter. Les fausses notes faisait partie de son système, comme autant de problèmes à résoudre. Il avait inventé une partie du matériel harmonique utilisé par les boppers et ceux-ci venaient constamment lui demander conseil, mais ils le laissèrent à l'écart de leur mouvement. Trop en avance sur son époque, il n'enregistra qu'à partir de 1947 pour Blue Note. Il deviendra incontournable après une série de grands enregistrements à partie de 1957.

Ecoute : 'Round Midnight (1954) - Blue Monk (1954) - Ruby, My Dear (avec Coltrane - 1957)

Bud Powell est renommé pour son agilité à jouer avec précision aux tempo les plus rapides, pour ses solos Bop inspirés et pour sa compréhension et sa transposition au piano des idées que Charlie Parker avait soudainement mises à jour. Ses solos, conçus grâce à l'émulation et la rivalité avec Charlie Parker sont reconnaissables entre mille, avec de fréquentes arpèges ponctuées par des chromatismes. Ils sont néanmoins novateurs et explorent un univers harmonique encore vierge.

Bud Powell souffrait de schizophrénie suite à un matraquage lors d'une descente de police dans un club. 

Ecoute : Off minor

Charlie  Christian est avant tout connu pour avoir donné à la guitare électrique une place de choix dans la musique jazz, à titre d’instrument soliste.  Il est également connu pour son travail au sein du sextuor de Benny Goodman et pour ses contributions aux sessions du Minton's Playhouse qui auraient donné naissance au Bebop.

Les Pères du Bebop sont Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk, mais on dit que Charlie Christian est en quelque sorte le « père spirituel du bebop»1. Ainsi, plusieurs éléments du style de Christian deviendront des caractéristiques du Bebop.

Ecoute : Swing to bop (1941)

Grâce à un son tout en rondeur, une technique incroyable et une dextérité proche d’un saxophoniste, Jay Jay Johnson a su faire évoluer l’instrument, démontrant ainsi que le trombone avait sa place au sein du bebop, il contribua à faire accepter l’instrument dans ce genre aux tempos très rapides.

Ecoute : Mad bebop (1946)

Elle s'est fait connaître à l'age de seize ans au sein de l'orchestre de Chick Webb. Encouragée par Dizzie Gillespie qui l'initia au be-bop, elle prit son envol en 1945 en interprétant Flying Home en Scat, un genre dont elle régala son public tout au long de sa carrière avec un swing qui lui permit de tutoyer les plus grands. Elle fut la grande interprète des chansons du répertoire. En compagnie de Louis Armstrong elle donna du Porgy and Bess de G. Gershwin une version dont l'attrait fait de l'ombre à l'opéra originel.

Ecoute : Flying Home (1945)

Belle et surdouée, Sarah fut appelée "The Divine". Elle tint le second piano dans l'orchestre de Earl Hines, chez qui elle fut adoptée par l'élite des jeunes boppers et se fit connaitre en chantant Lover Man entre Dizzy Gillespie et Charlie Parker. La tessiture de sa voix lui permettait les plus extravagants loopings entre le grave et l'aigu. Ses fans apprécient chez elle la modernité d'une musicalité digne des plus grand instrumentistes.

Ecoute : Lullaby of Birdland (1954)

Le Cool, West Coast (1.35)


Les années 50

Le be-bop est en crise, Bud Powell est guetté par la folie, Charlie Parker entraîne toute une génération dans la toxicomanie, les uns succombent (Charlie Parker, Fats Navarro), les autres survivent entre délinquance et clochardisation. 

En 1948, après ses débuts auprès de Charlie Parker, le trompettiste Miles Davis forme un nonette  pour une série de concerts à New-York et enregistre l'année suivante l'album Birth of the Cool (la naissance du cool). Ce n'est plus un jazz rapide, explosif et bluesy mais une musique éthérée, nuageuse, utilisant aussi bien des instruments de jazz traditionnel que des cors anglais, et demandant aux musiciens un jeu plus délicat. Si Davis s'était lancé dans ce style, c'était en partie parce que sa propre technique ne convenait pas au be-bop, et aussi parce que à l'instar du Charlie Parker des dernières années, il avait senti que l’improvisation basée sur les accords de chansons populaires enfermait le jazz dans une forme figée qui interdisait les discours élaborés. Il fut avec son arrangeur Gil Evans l'instigateur du style cool.

Jusque là les structures des morceaux, souvent issues de chansons était strictes, les grilles harmoniques étaient montées en 12 (blues), 16 ou 32 mesures, dans des formes A-B ou A-A-B-A, avec des progressions d'accords souvent classiques (Anatole, Blues....). Un des premiers musicien avec Miles Davis à vouloir modifier les structures des morceaux comme base d'improvisation fut Lennie Tristano. Il valorisait avant tout la ligne mélodique et évitait les effets faciles et les clichés du blues, du swing et du be-bop. Si jusque là les pianistes cherchaient à imiter le saxophone de Charlie Parker, les saxophonistes se sont mis à jouer comme des pianistes, cherchant à déployer de longues arabesques libérées des vieilles contraintes métriques.

Si Miles Davis était l'essence du style cool, on identifie généralement  ce son à la musique qui se faisait sur la côte ouest des Etats-Unis. Le groupe de Dave Brubeck connaissait un franc succès, Le saxophoniste Gerry Mulligan et le trompettiste Chet Baker élaborèrent une manière de be-bop calme, sans piano, qui obtint rapidement un énorme succès commercial, notamment parce que Chet Baker était aussi un crooner populaire.

Musiciens

Miles Davis (1926-1991)

Trompette - Chef d'orchestre

Miles Davis fut à la pointe de beaucoup d'évolutions dans le jazz et s'est particulièrement distingué par sa capacité à découvrir et à s'entourer de nouveaux talents. Son jeu se caractérise par une grande sensibilité musicale et par la fragilité qu'il arrive à donner au son. Il marque l'histoire du jazz et de la musique du xxe siècle. Beaucoup de grands noms du jazz des années 1940 à 1980 travaillent avec lui.

Les différentes formations de Miles Davis sont comme des laboratoires au sein desquels se sont révélés les talents de nouvelles générations et les nouveaux horizons de la musique moderne.

En 1945 il remplaça Dizzy Gillespie dans le quintette de Charlie Parker. Il n'était pas le trompettiste bop idéal, il peinait dans les tempos rapide, ratait souvent des notes. Son tempérament l'amena à composer une musique basée sur la subtilité, l'émotion.

En 1948, en collaboration avec l'arrangeur Gil Evans, il décide de mettre son projet à exécution en se détachant des principes du bebop pour participer à une nouvelle forme de jazz. En 1950 l enregistre l'album Birth of the Cool, le jazz cool était né !

Après une difficile lutte contre son addiction à l'héroïne, il réunit un nouveau sextet qui compte notamment le batteur Kenny Clarke et le pianiste Horace Silver. Ensemble, ils posent les bases d'un nouveau style, qui deviendra après le Bebop et le Cool la " troisième vague " du Jazz moderne : le hard bop. Réaction contre le cool jazz qu'il a lui-même lancé.

En 1959, Miles Davis signe son chef-d'œuvre avec Kind of Blue, un album improvisé autour de trames qu'il a composées, en s'entourant notamment du pianiste Bill Evans et du saxophoniste John Coltrane. Considéré comme le chef-d'œuvre du jazz modal et l'un des meilleurs — et des plus populaires — disques de jazz jamais enregistrés.

Fin 60, début 70  Miles Davis va initier l'essor d'un jazz de style nouveau, fusionnant le son électrique de la fin des années 1960 avec le jazz : le jazz fusion, ou jazz-rock

Le génie de Miles Davis peut se résumer en trois points : un son original dans un environnement très structuré, une conception évolutive de la musique dans des directions déterminées et une capacité à s'entourer à cette fin de musiciens dont il savait tirer le meilleur.

Ecoute : Boplicity (1949) - So what (1959) - Shhh Peaceful (1969) - The Doo Bop Song (1991)

Lennie Tristano (1919-1978)

Piano - chef d'orchestre

Tristano s’imprègne assez vite du bebop et en particulier de la musique de Charlie Parker. C’est en conjuguant sa connaissance de la musique classique, du jazz traditionnel et du bebop que Tristano élabore les bases de ce qui va être son esthétique. La musique de Tristano repose sur un grand sens de la structure, hérité en particulier de Bach, un travail sur l’harmonie et le phrasé, l’utilisation de la polyrythmie et parfois de la polytonalité. Cette esthétique assez proche de celle du cool jazz mais s’en démarquant par bien des aspects est, pour l’époque, particulièrement innovante. Certains critiques reprochent cependant à la musique de Tristano une certaine froideur et une tendance à l’intellectualisme. Par contre de nombreux musiciens adhèrent aux théories du pianiste et deviennent ses élèves. Le nombre de ses disciples grandira au fil des années.

Tristano est une figure particulière dans l’histoire du jazz, à la fois très importante et marginale. Il a influencé de nombreux jazzmen. Pour exemple, Bill Evans, à l’esthétique pourtant pour le moins éloignée de celle de Tristano, a toujours revendiqué ce dernier comme une de ses influences.

Ecoute : East thirty second (1955)

Chet Baker (1929-1988)

Trompette - Chant

Le premier à le repérer est Charlie Parker en 1952 alors que Baker n'a que 22 ans, il l'engage sur le champ et grave quelques enregistrements. Cette même année, débute la collaboration avec le saxophoniste baryton Gerry Mulligan au sein d'un quartet sans piano, formation inhabituelle à l'époque.

Un disque va connaître un véritable triomphe à travers tout le pays : Chet Baker Sings (1954-1956). Chet devient une icône américaine, à la fois rebelle et fragile. Les photos de son ami William Claxton contribuent à véhiculer cette image idéalisée de playboy.

En 1955 anéanti par la mort par overdose de son pianiste, il découvre lui-même l'héroïne qui ne le quittera plus jusqu'à sa mort, commence pour lui une descente aux enfers.

A partir de 1956 ses allers-retours entre USA et Europe sont ponctués de séjours en prison ou en hôpital psychiatrique, d'épisodes violents (il se fait fracasser les dents par des dealers), et par de merveilleux enregistrements.

D'emblée témoignant délicatesse, fragilité, son style évolue dans la deuxième partie de sa carrière : son jeu semble souvent à la limite de la rupture, alternant léger staccato et legato, en de longues phrases sinueuses, sensuelles et vaporeuses, souvent dans le registre grave, soulignées par des effets de souffle et par la proximité du pavillon et du microphone. Il maîtrise surtout à merveille l'art de la ballade3.

Son chant présente les mêmes caractéristiques, même dans l'improvisation « scat », pourtant fort éloignée de l'exubérance d'un Dizzy Gillespie ou d'une Ella Fitzgerald. Ses improvisations restent surtout dans un registre médium loin des envolées suraiguës de Dizzy Gillespie. 

Ecoute : Line For Lyons (1952) - My funny Valentine (1954)


Gerry Mulligan (1927-1996)

Saxophone baryton

Saxophoniste baryton et arrangeur, il s'associe avec Chet Baker dans une délicate formation contrapuntique sans piano. C'est un succès commercial, ce son nouveau est baptisé west woast.

Au cours des années 60, il enregistre de nombreux disques en leader et participe à plusieurs tournées internationales parfois en tant qu’invité, comme c’est le cas à plusieurs reprises avec la formation de Dave Brubeck. Les années 70 marquent un tournant dans son travail d’interprétation et de composition puisqu’il intègre des nouvelles sonorités contemporaines de cette période plus électrique.

Si son nom est toujours proche de celui de Chet Baker dans la mémoire collective des amateurs de jazz, la liste de ses autres partenaires de scène ou de studio est très longue. Ella va de Lee Konitz, Thelonious Monk, Johnny Hodges, Bob Brookmeyer et Charles Mingus à Jim Hall, Astor Piazzolla, Lionel Hampton, Ella Fitzgerald, etc...

Ecoute :  Bernie's Tune (1952) - Jeru (1953)

Stan Getz (1927-1991)

Saxophone ténor

Il est considéré comme l'un des plus grands joueurs de saxophone ténor. On le surnommait " The Sound ", en raison de sa sonorité ample, pure et riche, immédiatement identifiable.

Stan Getz est l'un des plus importants saxophonistes de jazz. Chef de file de l'école cool, il combine une sonorité douce et feutrée apportées par le jeu novateur de son ainé Lester Young. Tendre, éthérée, élégante, sa musique contraste avec la rudesse des disciples de Coleman Hawkins, à la crudité du blues et aux duretés virtuoses du bebop. Elle eut une influence prépondérante sur l'évolution du jazz, par l'intermédiaire des musiciens de la côte Ouest. Vers le milieu des années 1950, au moment où le hard bop supplante le cool jazz, Stan Getz évolue à l'intérieur même de son style, vers une expression plus virile.

Ecoute : Pennies from Heaven (1951)I'm Late, I'm Late (1961) - Desafinado (1962) 

The girl from Ipanema (1963)

Lee Konitz (1927-....)

Saxophone alto

Il a été le premier saxophoniste alto de cette période à se libérer du modèle bebop et de l'influence de Charlie Parker (son ami par ailleurs).

Doté d'une sonorité fluide, diaphane et aérée, il se démarque totalement des autres altistes parkériens comme Julian "Cannonball" Adderley ou Phil Woods. Il a notamment influencé Art Pepper et Paul Desmond.

Au milieu des années 1940, il rencontre Lennie Tristano, avec lequel il étudie. Il joue entre 1946 et 1947 avec Claude Thornhill, avec qui il enregistre ses premiers disques, et qui lui permet de rencontrer Gerry Mulligan, saxophoniste et compositeur, et Gil Evans, alors arrangeur. Ce dernier lui permet d'intégrer le nonet de Miles Davis, avec lequel il enregistre le célèbre album Birth of the cool (1949 -1950). Cet enregistrement marque un tournant dans sa carrière. Il est dès lors considéré comme l'un des chefs de file du cool jazz.

Ecoute : Subconscious-Lee (1949)

Art Pepper (1925-1982)

Saxophone alto - clarinette

Art Pepper se forge un style unique lors de son passage dans le Stan Kenton Orchestra. Il sera l'un des seuls altoistes des années 1950, avec Lee Konitz par exemple, à s'affranchir de l'influence écrasante de Charlie Parker sur l'instrument. Il devait réussir à associer créativement les styles du swing et du bop, du hot et du cool, affirmant ce qui devait s'imposer comme l'un des sons d'alto les plus authentiques des années 1950 … Le génie de Pepper réside dans cette capacité de boa d'ingurgiter totalement les styles de ses illustres contemporains tout en demeurant fidèle à lui-même.

Dès le début des années 50 il rencontre des problèmes avec les stupéfiants et fera plusieurs séjour en prison. Il se soigne à la méthadone en 1975 mais sa santé se dégradera très vite.

Ecoute : Surf Ride (1952)

Woody Herman (1913-1987)

Saxophone alto - Clarinette - Chef d'orchestre

De 1947 à 1949, Woody Herman dirige le "Second Herd". La section de saxophones de cet orchestre, composée de Stan Getz, Zoot Sims, Herbie Steward (saxophone ténor) et de Serge Chaloff (saxophone baryton) et connue sous le nom des Four Brothers, est l'une des plus remarquables de l'histoire du jazz.

Instrumentiste limité qui se considérait lui-même comme un "soliste moyen", il fut surtout un exceptionnel meneur d'hommes et compta au sein de ses formations de nombreuses futures vedettes du jazz west coast, notamment Stan Getz et Zoot Sims.

Ecoute : Bijou (1945)Early autumn (1948) - Four brothers (1948)

Stan Kenton (1911-1979)

Piano - Chef d'orchestre

Considéré par beaucoup de musiciens américains comme « l'université » du Jazz, l'orchestre de Stan Kenton verra l'émergence d'une foule de talents : Lee Konitz, Stan Getz, Art Pepper, Gerry Mulligan, Maynard Fergusson, … Kenton contribuera à la création du West Coast Jazz avec des musiciens tels que Shorty Rogers, Frank Rossolino, Bob Cooper, Shelly Manne, les frères Candoli, June Christy … tous d'anciens musiciens de l'orchestre.

Si le critique de jazz Alain Tercinet voit en Stan Kenton un avant-gardiste passionné d'expériences inédites qui dépassent les frontières des genres, les puristes du jazz en revanche prendront leur distance avec une musique qu'ils jugent figée, trop sophistiquée et sans grand swing. Parmi ceux-là Boris Vian qui dans les années 1950 avait éreinté Kenton, au vitriol, si bien que la réputation de ce musicien et de son orchestre ont souffert, en France, de cette condamnation péremptoire.

Ecoute : Frank Speaking (1952)

Dave Brubeck Quartet

Piano - Chef d'orchestre

Dave Brubeck (1920-2012) fonde en 1951 son quartet avec notamment Paul Desmond au saxophone alto. 

C'est en 1959 que le succès est à son apogée avec le célèbre album Time Out où l'on trouve les morceaux Blue Rondo a la Turk, Take Five et Three to Get Ready, album très innovant notamment par ses signatures rythmiques atypiques variant d'un morceau à l'autre.

Take Five, premier succès du quartet (composé par Paul Desmond en 1959), est écrit en 5/4. Ce succès est l'un des rares exemples de musique innovatrice qui devient un hit planétaire, au point de paraître aujourd'hui banalisée.

Ecoute : Take five (1959)Blue Rondo à la Turk (1959) - I'll Never Smile Again (1953)

Le Hard Bop, Soul jazz


Années 50-60

C'est chaque fois la même chose, dès qu'un mouvement se constitue, un autres est déjà prêt à le remplacer. Dans les années 50 on considéra le jazz cool comme le fin du fin, l'expression lyrique et élégante de la jeunesse d'après guerre, puis avec le temps on le trouva désengagé, froid, sans punch. Le rock'n'roll qui mettait un grand coup de balais dans le sentimentalisme et l'émotivité soft qui caractérisait la musique populaire dominée par les crooners n'y était pas pour rien.

De nombreux musiciens de jazz étaient restés réfractaires  à la vague du cool, notamment certains bopper. Le déferlement du cool n'avait pas noyé le bop dont les adeptes progressaient et s'épanouissaient toujours. Le contrebassiste virtuose Charles Mingus avait fondé sa propre maison de disques avec Max Roach pour permettre le développement d'une nouvelle musique, plus hard. Vers le milieu des années 50 il forma une sorte d'atelier expérimental pour mettre au point un style de composition et d'arrangement basé sur une fusion du be-bop, du gospel et du blues. Nombre de musiciens refusaient le son cool, ils voulaient perpétuer le vibrato hot et le punch rythmique du jazz d'antan et du chant religieux. Ils étaient trop dispersés au début pour être englobés dans un mouvement bien défini, mais peu à peu on les catalogua sous l'étiquette de "hard bop". Bien que certains musiciens de hard bop étaient blancs, la plupart étaient noirs et travaillaient sur la Côte Est, à Philadelphie, Chicago ou Détroit.

En 1955, après une période d'héroïnomanie, Miles Davis réunit un groupe et engagea John Coltrane. La musique de Miles retrouva alors une nervosité qu'elle avait perdue et Coltrane, l'opposé diamétral du trompettiste s'affirma comme l'un des improvisateurs les plus innovant de cette époque en combinant profondeur d'âme et originalité dans une harmonie bop étendue.

Après l'écriture soignée du jazz cool, l'improvisation revenait au premier plan entre deux exposés thématiques comme au bon vieux temps du bop. Cette simplicité n'était qu'apparente. La vigueur du propos était renforcée par un son collectif compact obtenu par l'harmonisation partielle ou entière du thème à deux ou trois voix, par des mises en place précise de la rythmique répondant à l'orchestre, ou inversion des rôles, les vents répondant à leur tour à l'exposé de la rythmique. L'alternance de parties phrasées swing (croche ternaires) et de parties phrasées en croches égales (binaires) sur une rythmique latino.

Les musiciens chefs de file

John Coltrane (1926-1967)

Saxophone ténor - saxophone soprano

Surnomé Trane, il est, après Charlie Parker dans les années 1940 et 1950, considéré comme le saxophoniste le plus révolutionnaire et le plus influent de l'histoire du jazz, meneur du courant avant-gardiste dans les années 1960, et l'un des artistes les plus importants de la musique de la deuxième moitié du xxe siècle.

Coltrane a toujours cherché à se dépasser sur tous les plans : technique, en explorant de nouveaux modes d'expression, cherchant de nouvelles sonorités, de nouveaux timbres et de nouvelles façons d'étendre la tessiture et la dynamique du saxophone ; stylistique, parvenant à élargir les horizons du développement thématique et harmonique de cet instrument en combinant l'improvisation à la chaleur du timbre, à la dynamique et au rythme ; personnel en concevant sa musique comme une quête spirituelle.

En 1949 il rencontre Bud Powell à New York, et se joint au grand ensemble de Dizzy Gillespie, dans lequel il joue de l'alto tout en continuant de s'exercer au ténor. Au mois de mai 1950, Gillespie dissout son grand ensemble et forme un groupe réduit, avec Coltrane, qui joue de l'alto mais aussi du ténor. 

En 1958, il collabore avec le Miles Davis Quintet qui le remplacera ensuite par Sonny Rollins  à cause de ses problèmes d'alcool et de drogue.

En 1957 il enregistre le vertigineux Giant Steps, En mars 1960, il part en tournée en Europe avec Miles Davis. Son style révolutionnaire y est fort mal accepté, il se fait siffler lors d’un concert à l'Olympia de Paris.

Le 9 décembre 1964, le John Coltrane Quartet enregistre le chef-d'œuvre A Love Supreme (Un Amour Suprême), considéré comme l'un des albums les plus importants de l'histoire du jazz.

Ecoute : Blue train (1957) - Giant steps (1959) - Naima (1959) - A Love Supreme (1965)

Art Blakey est avec Kenny Clarke et Max Roach un des inventeurs du style de batterie bebop moderne, et fut l'un des piliers du genre hard bop. Lui et son groupe, The Jazz Messengers, continuent aujourd'hui encore d'avoir une grande influence sur le jazz.

Dans les années 1950, Blakey dirige avec le pianiste Horace Silver une série de groupes sous des noms variés. Ils enregistrent notamment l'un des premiers disques « live » de jazz, A Night at Birdland, en février 1954. C'est aussi en 1954 que le nom Jazz Messengers est employé pour la première fois pour désigner le quintet. L'orchestre traversera de nombreux changements de composition, deux d'entre eux parmi les plus célèbres comprenant Wayne Shorter au saxophone tenor. Sans oublier la collaboration du trompettiste Lee Morgan en 1958 sur l'album Moanin, ainsi que sur A night in Tunisia.

Ecoute : Moanin' (1958)Whisper not (1958)A Night in Tunisia (1958)Thermo (1962)

Charles Mingus (1922-1979)

Contrebasse - Chef d'orchestre

Charles Mingus a apporté une contribution majeure au jazz, à la fois en qualité de compositeur et chef d'orchestre, mais aussi en tant que contrebassiste. Une grande partie de la musique de Mingus est basée sur l'énergie du bebop et du hard bop, avec une forte influence du gospel.

Le premier engagement professionnel de Mingus est avec Louis Armstrong, au début des années 1940. En 1947, il est engagé par Lionel Hampton.

 Il se produit en sideman avec Miles Davis, Billy Taylor, Dizzy Gillespie, Terry Gibbs, Stan Getz, Bud Powell, Lennie Tristano — et Charlie Parker qu'il accompagnera épisodiquement jusqu'à sa mort en 1955. Il fait brièvement partie de l'orchestre de Duke Ellington avant d'être licencié.

 Le 15 mai 1953, Mingus, Dizzy Gillespie, Charlie Parker, Bud Powell, Max Roach se produisent au Massey Hall de Toronto.

En 1956, Mingus enregistre sa première œuvre majeure : Pithecanthropus Erectus. Ce disque introduit un nouveau style qui préfigure déjà le jazz plus libre des années 1960, avec certaines parties totalement improvisées. En 1959, Mingus sort trois disques majeurs : Blues & Roots (Atlantic), une sorte de retour volontaire aux racines de la musique noire américaine, Mingus Ah Um (Columbia), son disque le plus connu et le plus accessible, et Mingus Dynasty.

Ecoute : Wednesday night prayer meeting (1959)Better Get It In Your Soul (1959)

Take The A Train (1964)

S'il fut également un trompettiste de bebop, c'est surtout dans le courant du hard bop qu'il s'est illustré. Il était apprécié pour son jeu lyrique, fait de longues phrases mélodieuses et d'une virtuosité extrême.  Il ne reste malheureusement que peu de traces de ses nombreuses représentations (concerts, jams, studios...), Clifford Brown étant tellement modeste qu'il a cherché tout au long de sa courte carrière à se faire oublier.

En 1952, il enregistre pour la première fois pour le combo de Bud Powell en tant que pianiste et trompettiste du groupe. Durant l'année 1953, Lionel Hampton engage Clifford Brown pour une tournée européenne au sein de son grand orchestre. 

En 1954, six semaines après sa rencontre avec Max Roach, Clifford Brown forme le fameux quintet,  leur collaboration débute par un concert au Tiffany Club d'Hollywood.

Ecoute : Powell's Prances (1956)

Horace Silver était un pianiste et compositeur de jazz influencé par le blues, le gospel et le rhythm and blues. Il est l'une des figures majeures du courant hard bop et du soul jazz.

Il est découvert par Stan Getz en 1950 qui l'emmènera faire ses premières armes avec Lester Young à New-York où il rencontre Art Blackey avec qui il fonde les Jazz Messengers.

Deux ans après il monte son propre quintet par lequel passerons de nombreux jeunes talents.

Ecoute : Sister Sadie (1959) - Song for my father (1964)

S'il n'a jamais fait partie de l'avant-garde, Bill Evans a profondément révolutionné l'approche du trio et du piano jazz. Il a su incorporer dans son discours une certaine couleur harmonique provenant de ses influences classiques. Son art du voicing toujours sur la partie médium-supérieure du clavier pour libérer de la place au jeu de basse de son contrebassiste, son sens des subtilités rythmiques et de la mélodie alliés à une extrême sensibilité font de lui un des pianistes majeurs de l'histoire du jazz.

Ecoute : Nardis (1961) - Waltz for Debby (1961) - Summertime (1962)A child is born (1976)

Sonny Rollins (1930-....)

Saxophone ténor

La longue et prolifique carrière de Sonny Rollins au saxophone ténor commence vers l'âge de 16 ans. En pleine révolution du bebop, il travaille avec Charlie Parker et celui qui deviendra son mentor, Thelonious Monk. A 20 ans, il côtoie déjà Bud Powell, J.J. Johnson et Miles Davis. Durant les années 50, il est déjà considéré comme un des musiciens les plus importants de la scène de jazz.

L’engrenage de la drogue, puis l'exigence sur son propre travail, une recherche mystique enfin, le poussent successivement à se retirer de la scène plusieurs fois. A chaque fois, il revient transcendé, et nourri d’inspirations novatrices. Après son premier retour, il joue avec Clifford Brown et Max Roach et lorsqu'il réapparait en 1962, c'est pour travailler avec Jim Hall, Paul Bley, Don Cherry et Coleman Hawkins.

En 2004, il crée son propre label, Doxy Records. Ces dernières années seraient celles d’un certain renouveau, d’une nouvelle jeunesse, notamment sur scène où il livre comme toujours ces concerts-marathon dont il s'est fait une spécialité depuis… un demi-siècle.

Ecoute : Tenor madness (avec John Coltrane - 1962)St Thomas (1956) - Way Out West (1957) 

Doxy (1962)Airegin (1979)

Saxophoniste alto, Tout d'abord engagé dans le be-bop post parkérien, il est l'un des chefs de file du Jazz Funk des années 1960.

En 1958, il devient l'alto attitré de Miles Davis, aux côtés de John Coltrane, pour enregistrer quelques-uns des disques majeurs de l'histoire du jazz moderne Milestones (1958), Kind of Blue (1959). Il invite à son tour Miles Davis sur son album Somethin' Else sorti en 1958, ce sera l'une des rares apparitions phonographiques de Miles en tant que sideman.

À partir de 1960, il enregistre presque exclusivement sous son propre nom et sous celui de son frère et  assurent le succès de leur groupe de hard bop. À partir de 1968, Adderley, avec les pianistes Joe Zawinul et George Duke, verse dans une musique « bluesy » imprégnée de funk ou de soul.

Ecoute : Work song (1960) - Mercy, Mercy, Mercy (1966)

Lee Morgan commence sa carrière dans l'orchestre de Dizzy Gillespie à l'âge de 18 ans. Il y reste durant deux ans.  Il est devenu célèbre grâce à son album The Sidewinder en 1963.

Son style est très caractéristique du son Blue Note des années 1960 : un quintet composé en général d'une trompette, d'un saxophone, d'un piano, d'une contrebasse et d'une batterie ; un son funky, un style soul jazz. Sous bien des aspects, Lee Morgan représente le type même du musicien hard bop des années 1960.

Ecoute : The hearing (1960) - The Sidewinder (1963)


Wes Montgomery (1923-1968)

Guitare - Chef d'orchestre

Surnommé The Thumb, La technique de jeu de Wes Montgomery se distingue de celle des autres guitaristes de jazz par l'usage du pouce de la main droite en lieu et place du médiator. Selon la légende, il aurait appris et développé cette technique pour ne pas gêner sa femme et ses voisins qui se plaignaient du bruit2. Plus précisément, sa femme se plaignait essentiellement du fait qu'il puisse réveiller les enfants (nombreux). Ce qui a eu pour conséquence qu'il mette au point une technique au toucher d'une légèreté rarement, voire jamais, égalée.

Il est généralement considéré comme un des guitaristes de jazz majeurs, arrivant après Django Reinhardt et Charlie Christian et influençant de nombreux guitaristes.

En 1948, Wes est engagé dans l'orchestre de Lionel Hampton. En 1959 il est découvert par Cannonball Adderley, qui produit deux de ses disques.

Ecoute : West Coast Blues (1960)Full house (1962) 

Free Jazz (1.36)


Années 60-70

Coltrane poussa beaucoup plus loin les avancées de l'album Kind of blue. Il explora les modes avec une telle intensité que les notes se fondirent dans une sorte de magma qu'on surnomma un drapé de son. 

Le saxophoniste Ornette Colemandéchira l'horizon du jazz en 1959 comme une comète pour les uns, comme un missile fou pour les autres. Les musiciens aventureux savaient dès la fin des années 50 que la solution pour sortir de la discipline du swing se trouvait probablement dans la simplification de la structure sous-jacente, mais personne n'avait jamais allé aussi loin qu'Ornette Coleman. Ce saxophoniste qui avait fait ses début de manière académique s'est mué en enfant terrible du jazz. Iconoclaste, il fut salué par certaines figures de la musique académique comme Léonard Bernstein, et violemment dénoncé par de nombreux critique et amateurs de jazz qui l'accusaient d'être sourd au lyrisme, de jouer faux et de se moquer du public. Il se proposait de réaliser l'impossible, à savoir élargir le champ d'un phrasé de saxophone que l'on croyait indépassable, ce lui de Charlie Parker. Ce qui désorientait les auditeurs c'était sa manière d'enterrer les accords et de cultiver un jazz de petite formation dans lequel la mélodie, l'harmonie et le rythme évoluaient organiquement, chaque instrumentiste reprenant au vol les idées de l'autre.

En Amérique le free jazz coïncida avec la montée du mouvement pour les droits civiques. Pour beaucoup de musicien afro-américains, le jazz était un prolongement des revendications de James Baldwin ou Malcom X : une déclaration d'indépendance et de rejet des valeurs blanches.

Le freejazz ne conquit jamais le grand public. On peut même dire qu'il tourna court, son évolution se termina dans une impasse artistique par manque d'inspiration de certains de ses improvisateurs qui se réfugièrent dans des solutions de facilité et finirent par donner raison à ses détracteurs qui y voyaient une musique réservée au pur plaisir des musiciens et d'un public très averti. Mais par ses audaces le free jazz ouvrit des portes qui n'ont jamais vraiment été refermées. Il a considérablement élargi le champ du jazz contemporain et d'un certaine façon préparé à l'arrivée du jazz fusion.

Musiciens

Ornette Coleman (1930-2015)

Saxophone alto - Chef d'orchestre

Aucun musicien de sa génération n'aura été aussi dénigré, méprisé, rejeté par ses pairs et contesté par ses aînés. On l'a traité d'imposteur, de charlatan qui jouait n'importe quoi et que sa musique alternative n'était qu'un canular grotesque. A l'époque, oser briser les codes du saint be-bop et sortir de l'influence Parkerienne réclamait beaucoup de courage.

En 1960, l'album Free Jazz: A Collective Improvisation sonne comme un manifeste, bien que son auteur ait exprimé plus tard sa gêne devant ce concept. Dans ce disque, improvisé sans préparation par deux quartets (un sur chaque canal stéréo)

En 1972, il développe le concept d'harmolodie où les musiciens jouent simultanément la même mélodie à différentes hauteurs et dans différentes tonalités.

Son influence est diffuse et contrastée ; le free jazz perdure en partie sur les bases qu'il a énoncées, mais le funk le revendique également comme précurseur, témoignage du vivant paradoxe de son existence et de son art.

Ecoute : Tomorrow Is The Question ! (1959)Free jazz (1961)Broad Way Blues (1961) - Song X (1985)

Eric Dolphy (1928-1964)

Saxophone alto - Clarinettes - Flûte

Eric Dolphy est multi-instrumentiste, saxophone alto, flûte traversière, clarinette, clarinette basse.

En 1959, il rejoint le Workshop du contrebassiste Charles Mingus où, plus encore que chez Hamilton, Dolphy peut se livrer à ses audaces musicales. En 1960, il enregistre, avec le double quartet dirigé par le saxophoniste Ornette Coleman, l'album Free jazz, véritable manifeste de l'avant-garde du jazz de l'époque.

De 1960 à 1964, on peut l'entendre dans une multitude de formations. Par exemple avec John Coltrane.

Ecoute : Out there (1961)Serene (1961) -  Out To Lunch ! (1964)

Cherry a atteint la notoriété dans le milieu du jazz dans les années 1950 quand il se produisit avec Ornette Coleman. Il a incorporé dans ses morceaux, un mélange de bebop teinté d’influences musicales du Moyen-Orient, d’Afrique traditionnelle et d’Inde.

Ecoute : Ramblin' (1960)Complete Communion (1965)

Albert Ayler (1936-1970)

Saxophone ténor

Le jazz abonde d'artistes maudits, mais Albert Ayler en est un exemple à l'état pur, vivant dans le rejet, l'ostracisme et le sarcasme permanent, qu'il ne fait rien pour abolir : violence du son amplifié par l'utilisation d'anches très dures et par un jeu très physique mobilisant toute la puissance du souffle et de la bouche, vibrato hypertrophié, paroxystique. Certains critiques, notamment lors de son passage parisien de 1966, ont crié à la cacophonie, au discours simpliste d'analphabète musical, au mauvais goût.

Ecoute : Spirits (1964)

Sun Ra (1914-1993)

Piano - Claviers - Chef d'orchestre

Précurseur et hors normes, d'avant-garde tout en restant accessible, Sun Ra s'inscrit dans un premier temps dans la lignée des orchestre Bebop ou ellingtonien, en y ajoutant des percussions exotiques, pouvant évoquer l'Égypte antique, ou des instruments électriques. Il est un des premiers musiciens à avoir joué free, préfigurant ce qui allait devenir le free jazz. Sa musique intègre également, et souvent avant que ce soit à la mode, des éléments de psychédélisme, de musique africaine, de musique concrète...ce qui ne l'empêchera pas, tout au long de sa carrière, de revisiter le répertoire de Jelly Roll Morton, de Fletcher Henderson ou de Thelonious Monk.

Imprévisible, sa musique joue sur la modification des timbres, des structures et des rythmes, parfois de façon subtile, parfois de façon paroxystique, notamment en jouant sur l'amplification.

Ses concerts alternent généralement des improvisations free, des chorals mystiques et d'excentriques versions de morceaux swing.

Ecoute : The magic city (1966)

En 1955 Cecil Taylor met en évidence quelques-uns des traits dominants du free jazz. Il constitue néanmoins une exception à plusieurs titres, il est pianiste alors qu'Ornette Coleman semble avoir exclu le piano, symbole de l'esthétique occidentale bourgeoise et dont les fonctions harmonique sont accusées de mettre le soliste sous tutelle.

Ses premiers solos évoquent bien les raideurs de Dave Brubeck, mais on pense aussi à Monk pour ses dissonances.

Progressivement il déserta le répertoire des standards  et ne conserva de l'harmonie traditionnelle  qu'un matériel brut d'accords tendus ou compressés et s'affranchit de la syntaxe harmonique conventionnelle.

Ecoute : Conquistador (1968)

Archie Shepp (1937-....)

Saxophone ténor

À ses débuts en 1960, il est, avec Cecil Taylor, l'un des fondateurs du free jazz avec des disques révoltés. Il dirige ensuite l'Attica Blues, big band au début des années 1970, empreint de soul et de blues, styles qui influenceront toute son œuvre jusqu'à aujourd'hui.

À partir de la fin des années 1960, il se tourne aussi vers l'enseignement, d'abord à l'université d'État de New York puis dans les années 1970 jusqu'au début des années 2000, il enseigne l'histoire de la musique à l'université du Massachusetts.

Ecoute : Basheer (1966)

Pharoah Sanders (1940-....)

Saxophone ténor

En 1962 il s'installe à New York, et reçoit rapidement le surnom de Pharoah par les membres de Sun Ra, avec lesquels il se produit. En 1965, il joue dans le groupe de John Coltrane, au moment où ce dernier commence à expérimenter un nouveau style de jazz, qu'on appellera plus tard le free jazz. C'est dans ce style que Pharoah Sanders s'illustrera par la suite.

Parmi ses collaborations célèbres, on peut noter celles où chante le vocaliste Leon Thomas. Les yodelling de Thomas associés aux improvisations de Sanders, à un rythme free jazz détaché d'une structure rigoureuse, ainsi qu'à des textes religieux et mystérieux (avec un intérêt pour l'Islam), marquent une attirance et un retour vers la musique africaine.

Pour ces raisons Pharoah Sanders est considéré comme l'un des inventeurs de l'ethno-jazz.

Ecoute : Upper Egypt & Lower Egypt

Un concert de l'Art Ensemble Of Chicago commence parfois en retard, car le groupe commence par se vêtir de couleurs bariolées et choisit les peintures de guerre qui ornent leurs visages. Commence l'alchimie de la Great Black Music : mêlant l'archaïque et l'ultramoderne, rythmes africains et évocations des grands anciens du jazz ou références européennes, préhistoire du jazz et expérimentation, les cris et les chuchotements, les polyphonies gordiennes et les solis parfaitement ordonnés, le sérieux et le sarcasme, et l'humour, et l'ironie, et le pathétique, la révérence et l'iconoclastie, passé et présent, en un patchwork bigarré débité avec le plus grand sérieux, un exposé de musicologie appliquée. L'art Ensemble est un paradoxe vivant, même un oxymore permanent. Tout cela tient de la bacchanale, du culte panique, de la cérémonie vaudou et de la recherche contemporaine, mais dans un déroulement maîtrisé, un cérémonial méticuleux.

Ecoute : Dexterity (1969)Comme à la radio (avec Brigitte Fontaine - 1969)

Jazz-rock, Fusion, Jazz-funk (1.38)


Années 70-90

En 1965, les jeunes fans de rock considéraient le jazz comme une musique surannée, d'une époque, ringarde. Ils voulaient du neuf, une nouvelle musique, une nouvelle mode, une nouvelle politique, une nouvelle morale. Une forme de rock plus complexe, plus instrumentale, plus improvisée, commença à drainer des dizaines de milliers d'auditeurs enthousiastes. 

Aux Etats-Unis, les tensions raciales et la guerre du Viêt-Nam intensifiait la contestation. Le jazz déclinait au box office, même Miles Davis en pâtissait. Mais ce n'est pas seulement pour des raisons économiques que de nombreux jazzmen se tournèrent vers le rock. La plupart d'entre eux demeuraient d'authentiques amateurs de jazz, mais la nouvelle palette sonore du rock les attirait. Le synthétiseur Moog fut utilisé par des improvisateurs dès le milieu des années 60, Ray Charles avait joué sur un piano électrique en 1959 et ses sonorités avaient séduit des musiciens comme Herbie Hancock. Les guitaristes qui avaient entendu Jimi Hendrix ne pouvaient plus se contenter de jouer à la ma manière Wes Montgomery. Les contrebassistes se mirent à la guitare basse.

Le jazz rock, ou fusion, mélange de bop, de rhytm and blues et de funk prenait le devant de la scène, et malgré un grand nombre de jeunes musiciens inspirés, une fois de plus, le grand prédicateur de ce nouveau son fut Miles Davis qui s’immergea dans la musique de Sly Stone et Jimi Hendrix. Avec l'audace qui le caractérisait il utilisa les ressources des sensationnels solistes de son groupe pour tester les possibilités de l'électronique sur un matériaux symphonique issu des recherches de Gil Evans.

Le jazz rock mis les instruments à vent en veilleuse, le volume sonore élevé ne leur était pas favorable, et permit la revanche des instruments restés jusque là en arrière plan dans les histoires du jazz. Si les batteurs avec leurs solos avaient toujours ravis les foules, les batteurs de jazz rock étaient de véritable stars, c'était d'eux que les groupes tiraient leur énergie. Influencés par leur confrères de funk, les bassistes électrique bouleversèrent l'approche de l'instrument en rompant avec le Walking bass. Les joueurs de claviers électriques contribuèrent considérablement à l'avènement du jazz rock par l'utilisation massive du piano Rhodes au son très particulier. Mais la véritable nouveauté était le synthétiseur capable de générer une infinité de sons originaux. Quant à la guitare jusque là sous employée dans le jazz, devenait grâce au rock et à l'électrification un instrument de premier plan.

Certains musiciens de jazz restèrent sur la route de la fusion jusqu'à ce qu'elle se fonde dans la pop (Georges Benson), la fusion finit par pâtir de son propre succès : morceaux de bravoure techniques et formules répétitives figeaient l'improvisation, mais elle transforma durablement le jazz qui dans les années 80 put s'affranchir définitivement de ses inhibitions et de son sectarisme.

Musiciens

Herbie Hancock (1940-....)

Piano - Claviers

Herbie Hancock a joué avec de nombreux grands jazzmen dans les années 1960 et a rejoint le Miles Davis quintet, avec lequel il a redéfini le rôle de la section rythmique. Il a également été un des premiers à utiliser les synthétiseurs et le scratch. Malgré ses expérimentations, la musique d'Herbie Hancock est restée mélodique et accessible, rencontrant parfois des succès commerciaux, avec en particulier les pièces Cantaloupe Island, Watermelon Man, Chameleon et Rockit.

Hancock rejoint en 1963 le second grand quintet de Miles Davis, composé de nouveaux talents. Le quintet est considéré comme un des plus grands ensemble de jazz, dont la section rythmique a été louée pour ses innovations.

Miles Davis incorpore des éléments du rock et de la musique populaire dans ses compositions peu de temps avant que Hancock quitte le groupe. Malgré une réticence initiale, Hancock joue sur un clavier électronique (notamment le Fender Rhodes) sur l'insistance de Davis. Il s'adapte rapidement à cet instrument qui jouera un rôle important dans ses tentatives artistiques ultérieures.

Au début des années 70 ils'intéresse aux gadgets musicaux et sous l'influence du Bitches Brew de Davis, sort plusieurs albums où il mélange les instruments électroniques et acoustiques.

Durant les années 1970 et le début des années 1980, Hancock joue avec son quintet V.S.O.P. qui comprend les membres du quintet de Miles Davis des années 1960 à l'exception de Davis lui-même.

En 1983, Hancock rencontre un énorme succès avec son tube Rockit de l'album Future Shock qui gagne un Grammy Award. C'est la première chanson grand public qui comprend du scratch.

Ecoute : Dolphin Dance (1963)Cantaloupe Island (1964)Ostinato (Suite For Angela) (1971)

Rockit (1983)

Chick Corea (1941-....)

Piano - Claviers

En tant que membre du groupe de Miles Davis dans les années 1960, il a participé à la naissance du jazz-rock. Avec Herbie Hancock, McCoy Tyner et Keith Jarrett, il est considéré comme un des pianistes les plus importants depuis les années 1970.

Corea commence sa carrière professionnelle dans les années 1960 en jouant notamment avec Cab Calloway.

En septembre 1968, il remplace Herbie Hancock dans le groupe de Miles Davis. Il figure sur Filles de Kilimanjaro, In a Silent Way et Bitches Brew. Il expérimente les instruments électriques, principalement le Fender Rhodes.

En 1970, Holland et Corea quittent Miles pour fonder leur propre groupe, Circle.

Au début des années 1970, Corea change profondément de style, abandonnant son jeu "avant-garde" pour un jeu "fusion" qui intègre des éléments de latin jazz au détriment du rock.

C'est un immense improvisateur et un très grand accompagnateur. Il joue essentiellement des titres de sa composition et déteste refaire ce qu'il a déjà fait auparavant ; c'est ainsi un artiste extrêmement prolifique, Les artistes qui l'ont le plus influencé sont Mozart, Beethoven, mais aussi Art Tatum, Thelonious Monk, Bill Evans et surtout Bud Powell.

Ecoute : Spain (1970) - Crystal silence (avec Gary Burton - 1973)Armando's Rhumba (1976)

En 1965, parti pour New York, il fera partie des Jazz Messengers.

Cette même année, il intègre le groupe du saxophoniste Charles Lloyd et devient alors la nouvelle révélation du piano, volant la vedette au leader du groupe.

En 1970, contraint de jouer sur des claviers électriques, il devient le pianiste du groupe de Miles Davis tout en menant une carrière de sideman.

En 1975 il enregistre le célèbre Köln concert, l'album est un succès qui ne se démentira pas avec le temps.

Jarrett inaugure en 1977 un nouveau trio avec l'album Tales of Another, sous le nom du contrebassiste Gary Peacock, en compagnie de Jack DeJohnette. Standards et compositions originales, la formation traverse les décennies pour atteindre le succès qu'on lui connaît encore aujourd'hui.

Pianiste au toucher délicat avec un style fortement inspiré par la guitare folk, Keith Jarrett a su, par ses nombreuses influences pianistiques, ouvrir le piano jazz à de nouveaux horizons au cours des années soixante-dix. Ses premiers enregistrements aux côtés de Charles Lloyd témoignent déjà de ses influences empruntées à la musique folk et au free jazz. Ses improvisations et ses compositions en seront fortement marquées tout au long de sa carrière musicale4.

Jarrett appartient également au monde du classique en tant que compositeur et surtout qu’interprète. Sa musique en est imprégnée : influences de Claude Debussy et de la musique baroque.

Ecoute : Love ship (1972)El Juicio (1975)

Wayne Shorter (1933-....)

Saxophone ténor - Saxophone soprano

Wayne Shorter fait aujourd’hui figure de légende vivante dans le domaine du jazz, non seulement en tant que musicien mais aussi en tant que compositeur. En parallèle à sa carrière solo il a été un membre essentiel des Jazz Messengers, du second quintet de Miles Davis et le cofondateur de Weather Report.

En 1959, Wayne Shorter rejoint le groupe du batteur Art Blakey, les Jazz Messengers. Le groupe incarne le Hard bop, le nouveau style qui dominera le jazz au début des années 60.

En 1959, alors que Coltrane s’apprête à quitter le quintet de Miles Davis, celui-ci désigne Shorter comme un potentiel successeur.

En 1970, Shorter décide avec son ami Joe Zawinul et le bassiste Miroslav Vitous de créer un groupe qui aurait une énergie proche du rock avec l’utilisation d’instruments électriques et de synthétiseurs pour Zawinul, tout en restant dans le jazz par une approche d’improvisation. Le groupe sera nommé Weather Report et durera 15 années.

Ecoute : The Albatros (1960)Speak no evil (1965) - Footprints (1966)

Weather Report a été l'un des premiers groupes de jazz fusion, et l'un des plus influents.

Il a été formé à New York en 1971 par le claviériste Joe Zawinul et le saxophoniste Wayne Shorter et sont restés les membres piliers du groupe, pendant que d'autres musiciens se succédaient à leurs côtés.

Le succès de Weather Report doit beaucoup à l'arrivée (en 1976) d'un jeune bassiste très prometteur : Jaco Pastorius, un des bassistes les plus influents de son époque

À la différence de beaucoup de groupes, Weather Report s'est toujours orienté vers une composition d'ensemble, en créant des arrangements complexes, parfois difficiles à différencier des parties improvisées. Chacun des musiciens étant virtuose sur son propre instrument, ils étaient capables aussi bien d'offrir des solos inspirés qu'un gros travail d'accompagnement.

Ecoute : Boogie Woogie Waltz (1973) - Cucumber slumber (1994) - Birdland (1977)

Technicien virtuose, il a eu une influence majeure sur le rôle de la basse électrique et sur son passage du rôle de simple accompagnateur à celui de véritable soliste. Établissant sa réputation internationale au sein du groupe Weather Report à partir du milieu des années 1970, il a ainsi imposé à son époque le son fretless, obtenu en jouant sur un manche de basse électrique sans frettes. Pat Metheny a dit de lui qu'il était "le dernier jazzman du XXe siècle à avoir influencé les générations suivantes"

Au début des années 1970, installé à Miami, Jaco Pastorius joue dans l'orchestre du multi-instrumentiste Ira Sullivan et donne des cours à l'Université. Là, il rencontre le jeune Pat Metheny.

En 1975, il enregistre pour le label Epic son premier album comme leader, intitulé Jaco Pastorius. C'est cet album qui lui apporte la célébrité.

En 1976 qu'il rejoint Weather Report, le groupe de jazz-rock fondé par Joe Zawinul et Wayne Shorter dans lequel Pastorius restera jusqu'en 1982. Avec l'arrivée de Pastorius, et grâce au charisme de ce dernier, Weather Report connaît un succès planétaire dépassant largement le petit cercle des amateurs de jazz.

C'est à à la fin des années 70 que Jaco Pastorius commence à avoir des comportements de plus en plus étranges. Il souffre en effet de troubles bipolaires (psychose maniaco-dépressive) où alternent phases d'euphorie et phases de dépression. Par ailleurs, il consomme beaucoup de drogue et d'alcool.

Le soir du 11 septembre 1987, il est violemment battu par le responsable d'une discothèque. On retrouve Pastorius gisant, un œil et un bras en très mauvais état, le crâne fracturé et atteint d'une pneumonie. Il est conduit au Broward General Medical Center où il meurt 10 jours plus tard.

Ecoute : Portrait of Tracy (1975) - Donna Lee (1976) - Teen town (Weather report - 1977)

The chicken (1983)

John McLaughlin commence sa carrière de musicien professionnel au sein des formations de Duffy Power, Graham Bond et Georgie Fame, qui jouent principalement du rhythm and blues. Il enregistre à l'occasion comme musicien de studio pour David Bowie, alors inconnu, mais aussi pour les Rolling Stones.

L'enregistrement de l'album In a Silent Way de Miles Davis marque un tournant dans sa carrière. Il devient un acteur essentiel du jazz-rock naissant, dans lequel il joue un rôle considérable.

Il forme le Mahavishnu Orchestra au début des années 1970,  Le groupe grave The Inner Mounting Flame puis Birds Of Fire, deux albums considérés comme étant des classiques du jazz-rock.

En 1975, John délaisse la guitare électrique pour se concentrer sur l'étude de la musique indienne et fonde Shakti, en compagnie de Zakir Hussain, qui publiera trois albums remarquables.

Au début des années 1980, il collabore avec les guitaristes Paco de Lucía et Al Di Meola. Le trio publie l'album Friday Night in San Francisco, un immense succès commercial où les trois hommes rivalisent de virtuosité technique.

Ecoute : Extrapolation (1969)Birds of Fire (1973)A handful of beauty (1976) 

mediterranean sundance (1981)

Larry Coryell est un virtuose de la guitare électrique touche à tous les styles : jazz, rock, classique, et est un des pionniers du jazz fusion.

 En 1967 et 1968, il enregistre avec Gary Burton. À la fin des années 1960, sa musique combine les influences du rock, du jazz, et de la musique asiatique. Il forme son groupe de jazz-rock The Eleventh House en 1973.

Après la séparation du groupe en 1976, il joue essentiellement de la guitare acoustique, mais retournera à la guitare électrique dans les années 1980. En 1979, Larry Coryell forme "The Guitar Trio" avec les guitaristes John McLaughlin et Paco de Lucía. Quelques années plus tard, il sera remplacé par Al Di Meola.

Ecoute : Lady Coryell (1968) - Spaces (1970)Birdfingers (1973) - Level one (1975)

Une partie des critiques de jazz a longtemps eu tendance à scinder son œuvre en deux branches : celle de Pat Metheny, jazzman, et celle de Pat Metheny, leader du Pat Metheny Group. À une sorte de Docteur Jekyll, jazzman académique ouvert à des expériences variées, ils opposaient un Mister Hyde, musicien prospectif et plus commercial. Les récompenses multiples pour l'une et l'autre ne permettront pas de trancher cette question, mais montrent bien la reconnaissance des deux facettes du musicien.

Son premier enregistrement est l'album Jaco (1974) de Jaco Pastorius, avec Paul Bley et Bruce Ditmas.

En 1981 Le Pat Metheny Group est une entité considérée par l'artiste comme étant la pierre angulaire expérimentale de sa musique. Elle lui permet toutes les fantaisies de compositeur.

Lorsqu'il travaille hors du Pat Metheny Group, Pat Metheny se produit comme leader au sein de petites formations (duos, trios, quartet) ou comme accompagnateur pour d'autres musiciens. 

Musicien au spectre large, on a pu l'entendre dans des contextes très différent : jazz moderne post-bop, free jazz (avec par exemple Ornette Coleman), jazz-rock, pop, rock (avec David Bowie), musique brésilienne, musique contemporaine (avec Steve Reich).

Ecoute : Bright Size Life (1976) - 80/81 (1981) - James (1982, vidéo 2003)

Le jazz-rock, n'en est qu'à ses balbutiements, lorsque John atteint sa majorité. Passionné par la guitare, doué de surcroît, on le retrouve (logiquement), quelques années plus tard, sur les bancs de la Berklee College of Music (1970-1973).

Scofield fait alors ses armes sous l'aile de jazzmen reconnus tels que Gerry Mulligan et Chet Baker.

Mais c'est Miles Davis qui va vraiment le propulser. À partir de 1982, poussé par la fibre du jazz-funk, John accompagnera Davis pendant trois années, en studio et sur scène à travers le monde.

Toujours avide de découvertes, il quitte Miles pour  développer davantage la fusion jazz-funk, jusqu’à un revirement en 1989 où il part à l'exploration du swing. Il retrouve alors son camarade de classe de la Berklee, le saxophoniste Joe Lovano. Ils enregistreront trois albums, les plus jazz de sa carrière.

En 1995, Scofield passe sur le label Verve Records. Sa liberté d'esprit et son ouverture musicale le poussent à chaque fois à jouer avec de nouvelles personnes et à fusionner d'autres genres au jazz pour essayer de se renouveler.

Ecoute : Line for Lyons (Mulligan, Baker - 1974)If They Only Knew (1981)Speak (Miles Davis, 1983)

So Sue Me (1889)A Go Go (1997)

Biréli Lagrène commence l’apprentissage de la guitare dès l'âge de quatre ans. Il est initié à la musique par son père et son frère et se plonge avant tout dans le swing gitan de Django Reinhardt.
Si
les premiers albums sont très proches du style de Reinhardt, le jeune Biréli élargit rapidement ses influences avec Wes Montgomery, George Benson, Jimi Hendrix et s’intéresse au rock, et plus précisément au jazz fusion.

Du côté enregistrements, Biréli Lagrène explore différentes situations : un style jazz fusion pour les albums Inferno (1988) et Foreign Affairs (1989) et My Favorite Django (1995), un passage acoustique sur Acoustic Moments (1990) ou une réinterprétation de standards sur Standards (1992).

Dans les années 90, Biréli jouit d’une reconnaissance internationale et devient une figure emblématique du jazz manouche. Il se produit au festival de Montreux et en 1993 il obtient le Django D’Or du meilleur musicien français au festival d’Oslo

Au début des années 2000 Biréli Lagrène décide de retourner à ses racines en démarrant son Gipsy Project qui emprunte la même formation que le célèbre quintet du Hot Club de France emmené par Django Reinhardt et Stéphane Grapelli.

Ecoute : Inferno (1987) - Nuit de Saint Germain des Prés (1995)

Michael Brecker (1949-2007)

Saxophone ténor

À 21 ans, il est membre du groupe de jazz-rock Dreams avec son grand frère Randy Brecker et le batteur Billy Cobham notamment. Il a ensuite travaillé avec Horace Silver puis Billy Cobham avant de s'associer à nouveau avec son frère Randy pour former le groupe des Brecker Brothers, l'un des groupes fusion jazz-funk les plus innovants et populaires de sa décennie.

Michael Brecker réalise de nombreux enregistrements pop et rock. Ses collaborations les plus marquantes se font avec Michel Berger, Frank Zappa, Eric Clapton, Bruce Springsteen, Patti Austin, Aerosmith, James Brown, Parliament, Joni Mitchell, Steely Dan, Paul Simon et Arthur Garfunkel, John Lennon, Lou Reed, Uzeb et Dire Straits.

Toujours très demandé en tant que soliste et accompagnateur (sideman), sa carrière très prolifique en tant que leader et sideman comptera au total plus de 700 participations avec divers artistes allant du jazz au pop rock.

Ecoute : Dreams (1970) - Some Skunk Funk (1978)Slings And Arrows (1996)

Initialement influencé par les saxophonistes Charlie Parker, Sonny Rollins, John Coltrane, Coleman a joué et enregistré avec Thad Jones, Sam Rivers, le batteur Doug Hammond, Cecil Taylor, Abbey Lincoln et Dave Holland. Il a également incorporé de nombreux éléments folkloriques de la Diaspora africaine, fusionnés avec des idées musicales influencées par d'anciens concepts métaphysiques. Il a déclaré que son souci principal est l'utilisation de la musique en tant que langage de symboles sonores, utilisé pour exprimer la nature de l'existence de l'Homme.

Coleman n'est pas d'accord pour l'utilisation de catégories pour la description de la musique. En particulier, il n'utilise pas le terme de Jazz. Préférant une approche plus organique de la musique, il utilise le terme composition spontanée. Selon Coleman cela prolonge le travail des musiciens d'autrefois, qui ont essayé d'exprimer par leur musique les différentes visions de la réalité qu'ils perçoivent.

Coleman utilise divers types de structures musicales pour symboliser la géométrie sacrée et des types particuliers de mouvements musicaux pour faire référence aux différents stades de l’énergie.

Ecoute : Metaphysical Phunktion (1986) - Prism (1992)

Il se définit lui-même comme un bassiste funk avec une immense connaissance du jazz, Techniquement, il se distingue par sa grande maîtrise des techniques complexes comme le slap.

Sa carrière décolle lors de ses fructueuses collaborations avec Miles Davis, en naîtra dans les années 1980 l'enregistrement Tutu

En 1987, il participe à l'album Nougayork de Claude Nougaro, en tant que sideman.

Ecoutes : Tomaas (1986) - Tales (1995)Blast (2008)

Autres courants


Néo-Bop

Jazz européen, Open jazz

John Surman (1944-....)

Clarinette basse - Saxophone baryton, soprano - Synthétiseur

Jazz d'influence ethnique

Acid jazz, Hip hop jazz, Electro-jazz

Jazz Variété, style jazzy

Caractéristiques d'un morceau de jazz

Qu'est ce qui fait qu'un morceau de jazz est un morceau de jazz ?

Si en entendant un son de trompette ou de saxophone accompagné d'une contrebasse et d'une batterie ternaire il semble évident qu'il s'agit d'un morceau de jazz,  ça ne suffit pas à définir l'ensemble du jazz. Au fil du temps le jazz à connu toutes les formes de rythmes (ternaire, binaire, 4 temps, 3 temps, 5 temps...), toutes les esthétiques sonores (instruments acoustiques, électriques, électroniques, à vents, à cordes, à percussions...) et tous styles de formations (du solo jusqu'au grand orchestre). S'il y a un point commun à toutes ces évolutions c'est la notion d'improvisation, le jazz est quasiment indissociable de cette forme d'interprétation.  Contrairement à ce que pourrait laisser penser le terme d'improvisation, il ne s'agit pas de faire n'importe quoi, l'improvisation est quelque chose de cadré, souvent même codifiée.

Un morceau de musique est le plus souvent composé d'une mélodie, la partie soliste, et d'un accompagnement, la partie rythmique. Lors de l'interprétation d'un morceau de jazz le soliste va jouer la mélodie, le thème, sur l'accompagnement joué par la section rythmique. Une fois le thème joué, la rythmique reprend le morceau et fait tourner "la grille"  harmonique (les accords), et c'est sur ce cycle d'accords que va improviser le soliste, il y a donc un début et une fin et un cadre harmonique précis dans lequel doit évoluer le musicien.

C'est essentiellement dans ces moments d'improvisation qu'un jazzman va imposer et définir son "style".

Un mot sur la notion des morceaux de jazz dis "standards". Le jazz est une musique de rencontres, de "boeufs". Les musiciens de jazz se retrouvent sur une sorte de tronc commun que sont les standards, des morceaux connus de tous, souvent appréciés du public et qui traversent le temps et les styles.

All of me par Frank Sinatra

All of me par Django Reinhardt

Bibliographie

Histoire du Jazz et de la Musique Afro-Américaine

Lucien Malson - Seuil 1994-2005

Le jazz dans tous ses états

Franck Bergerot - Larousse 2011

Jazz

John Fordham - Hors Collection 1993


Portraits légendaires du Jazz

Pascal Anquetil - Tana 2011

Jazz Magazine n° 708


Le nouveau dictionnaire du jazz

André Clergeat, Jean-Louis Comolli et Philippe Carles

Robert Laffont - 2011

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